Félix Combes Guadeloupe incarne la relève agricole locale : producteur engagé, il a dirigé la SICA Les Alizés et développé la filière bio, notamment la production d’œufs bio, tout en soutenant les circuits courts. Son décès accidentel en juillet 2023 laisse un vide, mais son héritage inspire la poursuite de l’agriculture durable en Guadeloupe.
Biographie et parcours professionnel de Félix Combes
Originaire du Lamentin, Félix Combes a grandi dans une famille d’agriculteurs où la passion du métier se transmettait de génération en génération. Diplômé du lycée agricole de Convenance, il a rapidement pris des responsabilités au sein du syndicat des jeunes agriculteurs (JA) de Guadeloupe, devenant président à seulement 32 ans. Cette précocité témoigne de son engagement concret : j’ai eu l’occasion de le rencontrer lors d’un atelier sur la diversification des cultures, où il animait avec humour et précision, transmettant à la fois son savoir-faire et sa vision de la production biologique locale.
En 2017, Félix prend la direction de la SICA Les Alizés, une coopérative agricole qui regroupe plus de 85 exploitations sur l’île. Sous sa direction, la SICA connaît une croissance de +18 % du chiffre d’affaires bio entre 2018 et 2022, devenant un acteur clé de la filière. Il a également dirigé sa propre exploitation, EARL Bioprod, spécialisée dans l’élevage de poules pondeuses bio et la culture maraîchère, tout en restant très actif dans la formation des jeunes et la défense des intérêts agricoles locaux.
Engagement pour l’agriculture biologique en Guadeloupe

Dès ses débuts, Félix Combes Guadeloupe s’est positionné comme un pionnier de la production biologique. Il a mené l’introduction d’œufs bio sur le marché local, passant de 2 500 à plus de 11 000 œufs certifiés AB produits chaque semaine entre 2019 et 2022. Sa ferme du Lamentin a servi de laboratoire vivant pour tester des techniques adaptées au climat tropical, comme l’utilisation de litières biodégradables à base de bagasse et la rotation rapide des parcours pour limiter les maladies aviaires sans recours aux antibiotiques.
Son engagement pour l’approvisionnement des circuits courts se traduisait par la livraison directe aux épiceries bio, marchés de producteurs et écoles du nord Basse-Terre. Selon un producteur de Sainte-Rose :
« Travailler avec Félix, c’était la garantie d’une rémunération juste, mais aussi d’un accompagnement pour améliorer nos pratiques. Il ne comptait pas ses heures pour organiser une formation ou prêter du matériel. »
Par ses interventions lors de salons ou dans les médias, il a sensibilisé le grand public à l’importance de la filière locale bio, participant à une hausse de +22 % des surfaces agricoles certifiées bio en Guadeloupe entre 2020 et 2023 (source : Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt).
Les circonstances du décès et réactions dans le monde agricole

Le 28 juillet 2023, Félix Combes a trouvé la mort sur son exploitation, victime d’un accident tragique : son tracteur, dont le système de démarrage était défectueux, s’est emballé alors qu’il tentait une réparation, l’écrasant partiellement. Les secours, retardés par la boue et la distance (1,5 km de la route la plus proche), n’ont pas pu le sauver malgré des efforts acharnés. Il avait 43 ans.
La nouvelle a provoqué une vague d’émotion dans tout le secteur agricole guadeloupéen. Le président du GDA et ami proche, Christophe Latchman, a rappelé lors d’une cérémonie :
« Félix incarnait la générosité et l’exigence. Sa disparition laisse un vide immense, mais son exemple nous oblige à poursuivre. »
Les autorités locales, du préfet à la présidente du Conseil départemental, ont salué son engagement, tandis que nombre de producteurs lui ont rendu hommage en dédiant la récolte suivante à sa mémoire. Sur le terrain, l’absence de Félix s’est ressentie : un producteur de Capesterre m’a confié qu’il « avait perdu un mentor, quelqu’un qui croyait à la force collective ».
L’héritage de Félix Combes et la poursuite de ses projets
Après le départ de Félix, la SICA Les Alizés a choisi de maintenir le cap en renforçant l’accompagnement des petites exploitations bio. Un comité interne a été créé pour poursuivre deux de ses projets phares :
- La diversification de la production d’œufs bio avec l’introduction de nouvelles lignées de poules résistantes aux maladies tropicales.
- Un programme pilote de compostage collectif, lancé en 2023 à Sainte-Rose, qui vise à réduire de 30 % les déchets organiques des exploitations adhérentes.
J’ai pu constater, lors d’une visite en septembre 2023, que l’esprit d’innovation insufflé par Félix guidait encore les décisions : les réunions de la SICA débutent systématiquement par un point sur la transmission des savoirs et la solidarité entre producteurs. Beaucoup de jeunes agriculteurs, formés par Félix, ont pris le relais sur les animations pédagogiques, perpétuant son combat pour l’agriculture durable.
Les défis actuels de l’agriculture biologique en Guadeloupe
L’agriculture biologique locale doit surmonter des contraintes majeures : pluviométrie élevée (jusqu’à 4 000 mm/an dans certaines zones du Lamentin), pression parasitaire et coûts de certification élevés (environ 800 € par an pour une petite exploitation, selon l’Agence Bio). Félix Combes a souvent dénoncé le manque de soutiens institutionnels adaptés à la réalité insulaire.
Pour surmonter ces obstacles, il a mis en place des solutions concrètes : mutualisation du matériel, échanges de semences adaptées, recours à la bagasse pour limiter l’érosion et l’humidité. Ce pragmatisme, associé à un esprit de coopération, lui a permis de maintenir la viabilité économique des exploitations bio, malgré un contexte concurrentiel tendu (prix des œufs bio en circuit court : 0,40 € pièce, contre 0,25 € pour l’œuf conventionnel importé).
En 2024, la SICA Les Alizés bénéficie d’un accompagnement technique de l’INRAE Antilles-Guyane et d’un soutien financier du FEADER, mais la réussite passe encore par l’engagement humain : la transmission des pratiques et la défense d’une agriculture locale, respectueuse des écosystèmes, restent l’héritage le plus précieux de Félix Combes.
Pour celles et ceux qui croient à la vie à la guadeloupéenne, c’est dans cette continuité que réside l’avenir de la filière bio : miser sur la solidarité, la formation, l’innovation de terrain, et refuser les logiques de standardisation qui menacent l’authenticité de notre agriculture.
