La scolopendre, que tout le monde appelle « mille-pattes » en Guadeloupe, est un myriapode venimeux qui vit partout sur l’archipel, des jardins aux forêts humides de Basse-Terre. Sa morsure est très douloureuse mais rarement grave chez l’adulte : la douleur et le gonflement disparaissent en général en quelques heures à deux jours. Il suffit de quelques réflexes pour éviter d’en croiser une dans votre logement, et de savoir quoi faire si cela arrive.
À quoi ressemble la scolopendre de Guadeloupe ?
La scolopendre appartient aux chilopodes, la classe des myriapodes carnivores équipés de crochets à venin. Son corps est plat, allongé et divisé en 21 segments qui portent chacun une seule paire de pattes. Sa couleur varie du brun au noir, souvent avec des pattes jaunes, orangées ou bleutées, et deux antennes à l’avant. Elle se déplace vite, de jour comme de nuit lorsqu’elle est dérangée.
Sur l’archipel, les espèces le plus souvent identifiées sont Scolopendra subspinipes, présente dans toute la zone tropicale, et Scolopendra alternans, répandue dans la Caraïbe. Les individus que l’on rencontre mesurent le plus souvent entre 10 et 20 centimètres. Ses « crochets » sont en réalité sa première paire de pattes, transformée en pinces appelées forcipules : c’est par elles qu’elle injecte son venin, pas par la bouche.
Scolopendre ou vrai mille-pattes : comment les distinguer
Le nom local entretient la confusion. Les vrais mille-pattes, comme les iules qui sortent après la pluie, sont inoffensifs. Ce tableau vous permet de les différencier en un coup d’œil.
| Critère | Scolopendre (chilopode) | Mille-pattes ou iule (diplopode) |
|---|---|---|
| Forme du corps | Plate et segmentée | Cylindrique, bombée |
| Pattes par segment | Une paire, longues et visibles sur les côtés | Deux paires, courtes, sous le corps |
| Vitesse | Rapide | Lente |
| Crochets à venin | Oui (forcipules sous la tête) | Non |
| Réaction quand on la dérange | Fuit ou mord pour se défendre | S’enroule en spirale |
| Risque pour l’homme | Morsure douloureuse | Aucune morsure ; un liquide irritant pour les yeux chez certaines espèces |
La « scolopendre géante » existe-t-elle en Guadeloupe ?
La scolopendre géante au sens strict, Scolopendra gigantea, vit dans le nord de l’Amérique du Sud et sur quelques îles proches du Venezuela comme Trinidad. Elle peut atteindre 30 centimètres, mais elle n’est pas présente en Guadeloupe. Les grands spécimens que l’on photographie sur l’archipel sont des Scolopendra subspinipes ou alternans bien nourries, qui dépassent parfois 20 centimètres. Leur taille impressionne, leur morsure ne change pas de nature pour autant.
Pourquoi les scolopendres sont-elles si présentes ?
La Guadeloupe leur offre tout ce dont elles ont besoin : chaleur toute l’année, forte humidité et abondance de proies. Elles chassent la nuit les insectes, et notamment les cafards, appelés ravets aux Antilles, ainsi que les araignées et parfois de petits lézards. Le jour, elles restent à l’abri sous les pierres, le bois mort, les feuilles, les noix de coco tombées ou les pots de fleurs.
Elles entrent dans les maisons pour trouver de la fraîcheur, de la nourriture ou un refuge. Les entrées augmentent nettement pendant la saison des pluies, de juillet à novembre, après un gros orage ou quand un terrain voisin vient d’être débroussaillé. Elles se glissent sous les portes, par les fenêtres sans moustiquaire ou par les évacuations, puis se cachent dans les endroits sombres : chaussures, linge au sol, serviettes, draps, sacs de voyage.
La morsure de scolopendre est-elle dangereuse ?
Pour un adulte en bonne santé, la morsure est surtout très douloureuse, souvent comparée à une brûlure ou à plusieurs piqûres de guêpe. On voit deux petits points rouges à l’endroit des forcipules, puis la zone gonfle et devient chaude. La douleur peut remonter le long du membre et dure de quelques heures à un ou deux jours. Les décès sont exceptionnels et concernent quelques cas isolés décrits dans le monde.
La morsure reste un motif régulier de consultation aux urgences en Guadeloupe, au point d’avoir fait l’objet d’une thèse de médecine sur la période 2015-2021. Certaines situations demandent plus de vigilance :
- les jeunes enfants, chez qui la même dose de venin agit sur un poids plus faible ;
- les personnes allergiques aux piqûres d’insectes, exposées à une réaction généralisée ;
- les morsures au visage, au cou ou dans la bouche, où le gonflement peut gêner ;
- les personnes âgées ou fragiles, ainsi que les morsures multiples.
Les signes qui doivent faire appeler le 15
Appelez le SAMU (15) sans attendre si la personne mordue a du mal à respirer, si son visage, ses lèvres ou sa langue gonflent, si elle fait un malaise, vomit à répétition ou si des plaques rouges apparaissent sur tout le corps. Ces signes évoquent une réaction allergique grave, qui se traite en urgence. Consultez un médecin dans la journée si le gonflement s’étend fortement, si la fièvre apparaît ou si la plaie devient rouge, chaude et purulente dans les jours qui suivent, signe d’une infection.
Que faire en cas de morsure de scolopendre ?
Dans la grande majorité des cas, les premiers soins se font sur place. Voici les gestes à suivre, dans l’ordre :
- Éloignez-vous de l’animal et retirez bagues, bracelets ou montre si la main est touchée, avant que le gonflement ne s’installe.
- Lavez la plaie à l’eau et au savon, puis désinfectez-la avec un antiseptique classique.
- Appliquez du froid pendant une quinzaine de minutes, avec des glaçons enveloppés dans un linge et jamais directement sur la peau, pour calmer la douleur et limiter l’œdème.
- Prenez un antalgique comme le paracétamol si la douleur est forte, en respectant les doses.
- Surélevez le membre mordu et gardez-le au repos quelques heures.
- Vérifiez que votre vaccination contre le tétanos est à jour, comme pour toute plaie.
À l’inverse, ne posez pas de garrot, n’incisez pas la plaie et n’essayez pas d’aspirer le venin : ces gestes n’ont aucun effet sur l’envenimation et augmentent le risque d’infection. Pour un enfant, une morsure au visage ou un doute, appelez un médecin ou le 15, qui vous dira s’il faut consulter. Si un chien ou un chat a été mordu, contactez un vétérinaire : la réaction peut être marquée chez les petits animaux.
Comment éviter les scolopendres dans votre logement
Les morsures surviennent presque toujours quand on écrase ou qu’on coince l’animal sans le voir : en enfilant une chaussure, en s’essuyant avec une serviette ou en se retournant dans son lit. Quelques habitudes suffisent à réduire fortement le risque pendant votre séjour.
Dans la maison ou la location
- Secouez chaussures, vêtements et serviettes avant de les utiliser, surtout le matin.
- Ne laissez pas de linge, de sacs ou de valises ouverts au sol ; rangez-les en hauteur.
- Écartez le lit du mur et bordez la moustiquaire sous le matelas pour qu’aucun pan ne touche le sol.
- Jetez un œil aux draps avant de vous coucher, surtout en rez-de-chaussée.
- Fermez les portes la nuit et signalez au propriétaire un espace important sous une porte : un simple boudin de bas de porte limite les entrées.
- Bouchez les évacuations de douche et d’évier avec leur bonde quand vous ne les utilisez pas.
- Limitez les miettes et la vaisselle sale : moins de cafards, c’est moins de scolopendres à la recherche de proies.
Dehors, au jardin et en randonnée
Portez des chaussures fermées dès la tombée de la nuit, même pour traverser un jardin, et éclairez le sol avec une lampe. Mettez des gants pour soulever une pierre, ramasser du bois, déplacer des pots ou des noix de coco. En bivouac ou en camping, fermez la tente en permanence et rangez les chaussures à l’intérieur. Autour d’une maison, le débroussaillage régulier, le stockage du bois loin des murs et l’absence de tas de feuilles contre la façade réduisent les abris disponibles.
Si vous en trouvez une chez vous
Ne la saisissez jamais à main nue, même avec un linge : elle se retourne très vite et mord à travers un tissu fin. Le plus simple est de la recouvrir d’un bocal ou d’une boîte retournée, de glisser un carton dessous puis de la relâcher loin de la maison. Beaucoup de Guadeloupéens la tuent d’un coup sec avec un objet plat ; si vous procédez ainsi, gardez une bonne distance et portez des chaussures. Si les visites se répètent, demandez au propriétaire de faire appliquer un traitement insecticide en barrière autour du bâtiment par un professionnel de la désinsectisation.
Questions fréquentes sur la scolopendre en Guadeloupe
La scolopendre de Guadeloupe est-elle mortelle ?
Non, pas pour un adulte en bonne santé. La morsure provoque une douleur intense et un gonflement qui régressent en général en un à deux jours. Les complications graves sont rares et viennent surtout d’une allergie, d’une morsure chez un très jeune enfant ou d’une infection de la plaie mal soignée.
Quelle taille fait une scolopendre en Guadeloupe ?
La plupart des scolopendres observées mesurent entre 10 et 20 centimètres de long. Certains spécimens dépassent légèrement cette taille, ce qui leur vaut le surnom de « géantes », mais la vraie scolopendre géante d’Amérique du Sud, qui atteint 30 centimètres, ne vit pas sur l’archipel.
Qu’est-ce qui attire les scolopendres dans une maison ?
Elles cherchent la fraîcheur, l’humidité et des proies. Une maison avec des cafards, du linge au sol, des recoins sombres et un jardin encombré de bois ou de feuilles les attire davantage. Les fortes pluies et les travaux de débroussaillage à proximité les poussent aussi à se réfugier à l’intérieur.
La scolopendre pique-t-elle ou mord-elle ?
Ni l’un ni l’autre au sens strict : elle pince avec ses forcipules, une paire de pattes transformée en crochets reliés à des glandes à venin. Dans le langage courant, on parle de morsure ou de piqûre de scolopendre, et les deux termes désignent la même chose : deux petits points rouges entourés d’une zone gonflée et douloureuse.
Combien de temps dure la douleur après une morsure ?
La douleur la plus vive dure quelques heures, puis laisse place à une sensibilité et à un gonflement qui disparaissent en un à deux jours. Des démangeaisons peuvent persister quelques jours de plus. Une douleur qui augmente après 48 heures, une rougeur qui s’étend ou de la fièvre doivent conduire à consulter.
Pour connaître les autres petites bêtes de l’archipel, consultez notre guide de la faune dangereuse en Guadeloupe, notre page sur les araignées de Guadeloupe et nos conseils pour éloigner les cafards en Guadeloupe, principale proie des scolopendres. Si vous partez pendant l’hivernage, lisez aussi notre article sur la saison des pluies en Guadeloupe.
Sources
- Inventaire national du patrimoine naturel (INPN, Muséum national d’Histoire naturelle) : fiches des espèces Scolopendra subspinipes et Scolopendra alternans.
- Thèse de médecine « Morsures de scolopendre en Guadeloupe entre 2015 et 2021 », archive ouverte DUMAS.
